Face à l'hécatombe des processus de réinsertion, un sentiment sournois grandit en moi. Mais que fais-je donc là ? Pourquoi donc est-ce que je passe des heures et des heures, jour après jour, à lutter pour convaincre ces enfants de rentrer ou retourner chez eux ou dans les centres, s'inscrire au collège ou assister à leurs cours, trouver un travail ou faire une formation ? Pourquoi, alors que dans quelques semaines ou quelques mois, le retour au point de départ ce sera ?
L'esprit envahi par les récents échecs, en particulier le dernier, cet enfant que je n'attends plus, je rumine ma rage et ma déception. C'est alors qu'on toque à la porte. Mon cœur bondit, l'espoir renait du fond de ses ruines. J'ouvre : Silvia, une volontaire, que j'accueille bien mal, est la source involontaire d'un torrent de larmes.
Aveuglée par mes larmes, la fatigue et le chagrin, je suis obsédée par ces marches dévalées alors qu'elles avaient été si péniblement gravies. Petit à petit, je m'isole et me calme. Sous le soleil aux dégradés de jaune de notre nouvelle fresque, les nuages de mon esprit se dissipent. Je pense à Maria-Isabel, à qui j'ai promis mes lunettes de soleil quand elle passerait un nouveau degré de réinsertion, et qu'elle retournerait au collège ; je pense à Gloria, dont la vivacité et la débrouillardise m'enchantent malgré ses difficultés en classe ; je pense à Luis Antonio, qui va en cours le matin à pied, même si c'est à une bonne heure de marche de chez lui ; je pense à Christian qui a quitté le centre où il était pour rejoindre son père en Argentine, où il trouvera plus facilement du travail ; Je pense à Marco et Henry-David, qui sont toujours aussi taquins ; Je pense à Maira, qui a quitté Jesus et ne traine plus dans la rue ; je pense à tous les autres qu'on accompagne pas à pas... Tous, qui ont encore tant de chemin à parcourir, mais qui y croient ; Je pense à tous ces regards, tous ces sourires, tous ces baisers, tous ces câlins, qui peut-être un jour, dans une semaine, un mois, un an ou même plus, aideront ces enfants à prendre la bonne décision. En fait, je regardais bêtement par la fenêtre, j'en avais oublié d'ouvrir la porte.
La esperanza nunca se pierde.
Ces moments de doute sont inéluctables, peut-être même, sont-ils nécessaires. Une idée de gestion comme se poser la question : est-ce que j’ai fait le maximum ?
RépondreSupprimerEnsuite, la variable constante est : l’autre, et tu n’y peux rien, c’est sa vie, son histoire.
Tu fais de ton mieux, tu y mets toute ta bonté, ton énergie, ta douceur, ta force, ton amour, cela est merveilleux, cependant, même si tu arrives à influencer le tracé de certain, il reste une part du chemin qu’ils doivent faire seul, où tu ne peux aller pour eux.
L’important c’est d’en avoir conscience et de l’accepter.
J’ai fait mon maximum, avec intention et attention, je n’ai rien à me reprocher.
Même dans ces périodes de « mou » où tu penses ne rein avoir fait, le maximum de tes possibilités ce jour-là, c’est déjà beaucoup.
Il me parait important de te protéger également. En parler avec le reste de l’équipe. Un peu de méditation. Enfin trouve ta méthode pour limiter les impacts, c’est nécessaire.
Des bisous pleins d’énergie positive
Merci de ton message Baloo :-)
RépondreSupprimerNe t'inquiète pas, je me protège, sinon, je ne serai pas encore là !
Il est évident qu'on ne peut pas faire leur bonheur malgré eux, j'ai d'ailleurs abordé ce sujet il y a quelques jours. Mais c'est parfois dur à accepter, en particulier riche d'une culture occidentale qui veut qu'un enfant soit "mineur" et donc sous tutelle pour ce qui concerne les décisions à prendre le concernant...
Quand à faire de son mieux, c'est parfois insuffisant, qui aurait envie de travailler pour rien même s'il fait de son mieux ? Heureusement que ce n'est pas le cas ;-)
bisous !