Je passe la porte de la casa Taller et me retrouve nez à nez avec Ricardo. Je ne le connais pas. Ça fait moins de deux semaines qu'il vient à la casa et j'étais en vacances. Il voudrait rentrer. Il sait pourtant qu'il est beaucoup trop tard, il est 15h30 passées et les enfants ne peuvent entrer qu'entre 14h et 15h. Il essaie de négocier pourtant, il prétend s'être mouillé le pantalon. Je le laisse tenter de convaincre Lucho et part. Bientôt, une voix m'interpelle. C'est lui. Il n'a pas réussi à obtenir sa dérogation et souhaite m'accompagner faire les courses. Soit, je le laisse m'emboiter le pas. Nous papotons. Fier comme un jeune coq, il me montre sa carte d'identité toute récemment acquise avec l'aide de Marie, m'explique qu'il doit faire son cv pour chercher un travail. Je l'encourage. Comme tous les autres, ou presque, il tente sa chance : "tu m'offres quelque chose à manger ?", "Tu m'invites à déjeuner?", "Marie, elle, elle m'invite !". Je souris. Il me dit avec beaucoup de spontanéité que Marie et moi, nous sommes bonnes. Sans sourciller, je lui explique, "fiston", que "rico" s'attribue à la nourriture, pas aux filles, et lui énumère tout le vocabulaire à sa disposition pour exprimer sa pensée. Nous arrivons au supermarché. Il m'aide à choisir les produits et à porter les courses avec beaucoup de gentillesse et de naturel, court même peser nos œufs pour que je puisse m'assurer que j'en ai la quantité désirée. A la caisse, une jeune femme est accompagnée de deux petits enfants. Mon jeune monstre entreprend de les saluer et de leur serrer la main sous mon regard attendri. Il n'en restera pas là. Le voila bientôt qui sort de sous son pull le paquet de bonbons qu'il vend dans les bus et en sort deux pour les donner aux deux petits. Comme ça...
Pour rien...
Gratuitement...
Un geste des plus désintéressés de la part d'un enfant des plus démunis.
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